L’association mixte SM fétichiste, Amours Hard !, sévit depuis un peu plus de deux ans. Soirées furieuses, après-midis terribles et ateliers techniques pour les plus rigoureux. Une fois n’est pas coutume, les soirées s’ouvrent à tous : pédés, hétéros, bis, travs, trans, queer, lesbiennes... Malgré des réactions difficiles avec les plus claniques et une organisation compliquée, AH! est toujours le garant d’un esprit SM transgressif et décontracté.
Rencontre avec le président, Hervé Bernard (International Mister Drummer 98) et la secrétaire de l’asso, Ninon.
1 . Comment est née votre association ?
Ninon : En fait, on a voulu continuer ce que Les Maudites Femelles* avaient commencé, mais en incluant cette fois-ci des garçons dans les organisateurs et les membres du bureau.
Hervé Bernard : Ca faisait longtemps qu’on en parlait, et la première réunion a eu lieu le 27 novembre 98. A l’heure actuelle, l’association compte 57 membres.
2. Quelle image du SM vous avez envie de véhiculer ?
H : Les rapports SM font partie de la sexualité comme toute autre pratique. Il faut donc arrêter d’être perçus comme des animaux sauvages. Dans ce type de rapports, il n’est évidemment pas question de se servir de l’autre comme exutoire, ce qui serait très dangereux. Le jeu SM est avant tout né d’un accord mutuel. Le SM au-delà du sexe.
N : Il s’agit davantage de parvenir à être en dehors de soi.
3. Au delà de la mixité, un élément fort de A.H ! ce sont les ateliers d’apprentissage…
N : Ces ateliers, c’est une façon de rendre, de donner ce que l’on nous a appris.
H : A côté de l’évolution des trips et des fantasmes il y avait une absence de transmission de savoir - ce qui est normal car beaucoup de gens nous ont quitté à cause du sida. Dans le SM, il y a des règles de sécurité élémentaires d’hygiène et de respect de l’autre. Elles sont constituantes du jeu. Nous voulions créer des points de repère sans toutefois prétendre détenir des vérités absolues sur le SM.
4 . En quoi AH est-elle différente des autres associations SM ?
H : Nos pratiques ont déstabilisé les habitudes et les différentes positions vis-à-vis de la sexualité et des codes SM habituels. Les gens n’avaient pas forcément envie de ça. C’était comme remettre en question le combat que mène certains pédés depuis ces trente dernières années. Beaucoup pensaient que nous allions « remplacer ». Ce qui n’était évidemment pas le cas. On avait simplement envie de proposer autre chose.
N : La question se pose aussi pour les hétéros. Beaucoup croyaient trouver à AH ! une écurie de soumises ou un gang de dominatrices, mais ils ont vite compris qu’ils ne pourraient pas faire régner leur loi, et se sont très vite taillés. Dans nos pratiques, il y a aussi une sensualité qui n’est pas courante, et ça, finalement, c’est très déstabilisant. Il ne s’agit pas simplement de baiser. On peut partir extrêmement loin dans sa tête sans que ce soit directement lié avec le cul. C’est une autre approche de son corps… plus proche de la sensualité. Et ça, c’est scandaleux, parce qu’alors la sensualité n’a pas de sexe !
5 . Des projets pour AH ! ?
H : Un site, comme une bibliothèque, ou une base de données sur les pratiques SM ; et puis bien sûr continuer les ateliers… Sinon encore du mélange. Les Popin Gay devraient s’occuper de la musique de nos prochaines soirées Extrem X.
N : (Ca va nous amener) des gens très différents, des gens que l’on n’aurait pas pu forcément toucher habituellement.
H : L’idée, c’est de toujours décloisonner.