Dis maman, c’est quoi une grenade ?

 

Allez, à moins d’être sourd aveugle et muet, ou d’avoir toujours vécu dans un village de Patagonie, vous avez sûrement entendu parler de la Saint –Sida (qu’on célèbre le 1er décembre), d’Act up et des polémiques autour des backrooms et des préservatifs. Les 25 et 26 novembre, le CGL (le centre gay et lesbien, pour ceux qui ne parlent pas le petit Marais parisien illustré) organisait tout un week-end de débats et de rencontres autour du thème : »santé et bien être gay ». J’étais invité à parler de la prévention en milieu sexuel anonyme (atchoum) entendez par là, les backrooms (ah !) Je vais passer sur les détails, mais sachez tout de même que j’ai entendu des trucs pas piqués des libellules, du genre : »Moi je ne bouffe des culs que dans un sauna, parce que c’est plus propre… ben ouais, y a de l’eau. » Ou encore : » faut-il vraiment mettre un préservatif quand on suce un garçon dans le noir ? » Ou bien : » On peut baiser sans capote, du moment qu’on ne te jouit pas dans le cul… » Et le pompon : »Alors comme ça, le sphincter, c’est un muscle ? ? »

De ces conversations ne ressortait hélas qu’une seule chose : la totale méconnaissance de soi et de son corps. C’est bien là qu’est le vrai problème. Comment faire de la prévention à des gens qui n’ont pas d’éducation ? Et croyez moi je n’en sais vraiment pas plus que les autres. Tu pourras raconter et rabâcher tout ce que tu veux, à qui tu veux, si ces personnes n’ont pas les données de base pour comprendre, c’est cautère sur jambe de bois. Pourquoi dire à quelqu’un comment éviter que le virus n’entre dans son corps s’il ne sait pas identifier les portes d’entrées ? Je crois que le vrai boulot à faire maintenant est de parler clairement, peut-être même durement, sans pudeur ni tabou de sexe bien sûr, mais aussi d’anatomie, de sociologie, de politique… en commençant simplement par l’hygiène (combien d’entre nous se lavent la queue ou …les mains entre deux partenaires ?) Hurler, manifester, s’en prendre à Machin ou Bidule ne changera rien si le public pour lequel tous ces organismes prétendent travailler n’est pas capable de recevoir les infos.

Un autre point important concernait les backrooms. AH ! (amours hard) organise beaucoup de ses soirées ou après-midi dans ces établissements, et à ce titre nous nous sentons concernés par ce climat militant et un peu trop survolté. Vilains tenanciers, beaucoup vous lancent des pierres et rejettent les responsabilités sur vous. C’est oublier un peu rapidement que les bars sont remplis avant tout de clients (qui viennent chercher du sexe) et que ce sont eux les premiers concernés.

La France est le seul pays d’Europe à offrir des capotes et du gel dans les bars, pourquoi les clients ne les utilisent-ils pas ? Des affiches et des tracts de prévention sont disponibles partout, pourquoi les clients ne les lisent-ils pas ? Des toilettes, du papier, des lave-culs, des distributeurs de gel sont installés, pourquoi les clients ne s’en servent-ils pas ? Quand on baise c’est à deux (et plus si affinités) : qui doit parler de capote, de gant, de prévention à ce moment là ? Le gérant ou les acteurs des ébats.

Rien ne forcera quelqu’un à se protéger s’il n’en a pas envie. C’est un choix, une démarche personnelle. Dire que les bordels facilitent l’irresponsabilité est faux : Vous croyez vraiment qu’un mec mettra une capote chez lui mais « l’ oubliera » dans une backroom ? Alors fermons les backrooms ! Parfait, et les gens verront encore moins d’affiches de prévention, n’auront plus qu’à oublier d’acheter des préservatifs, et continuerons chez eux à des comporter comme dans un bordel.

Se faire traiter de grenade est fort peu respectueux . Beaucoup vivent mal leur séropositivité, les bien-pensants l’auraient-ils oublier ? Et se faire traiter de « danger pour la santé publique » est odieux ! Ceux qui prêchent pourraient apprendre à respecter leur auditoire…

Hervé BERNARD, président de AH !